Honneur (nom masculin, subst. masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom masculin 

X e siècle, honor. Issu du latin honos, honor, « rendu aux dieux, décerné à quelqu'un ; charge honorifique, magistrature ».
1. Sentiment d'une dignité morale, estimée au plus haut, et qui porte à des actions loyales, nobles et courageuses. Les lois, les règles de l'honneur. Code de l'honneur, ensemble des règles que doit observer une personne soucieuse de sa dignité. Le code de l' des chevaliers. L' militaire. Selon Montesquieu, l' est le principe qui anime la monarchie. Le devoir de l'honneur. Satisfaire à l'honneur. Avoir de l'honneur. Avoir le sens de l'honneur. Faire ce qu'exige l'honneur. Écouter la voix de l'honneur. Allez où l' vous appelle ! Une femme, un homme d'honneur. Ce sont des gens d'honneur. Foi d'homme d'honneur, assurance que l'on donne d'être fidèle à sa promesse comme l' le commande. Manquer à l'honneur. Un homme sans , qui ne se soucie pas de sa dignité morale. Il n'a ni cœur ni . Bandit d'honneur, voir . Baroud d'honneur, voir . Avec , en restant fidèle aux lois de l'honneur. Il a combattu avec . « Honneur et Patrie », devise des armées. « Honneur et Fidélité » , devise de la Légion étrangère. Expr. En tout bien tout , sans arrière-pensée qui aille contre l' ou l'honnêteté, dans des intentions respectables. Courtiser une jeune fille en tout bien tout .
2. Estime qu'a de soi et qu'obtient d'autrui une personne qui obéit en toute chose à ce sentiment. Porter atteinte à l' de quelqu'un. Attaquer, blesser, flétrir l' de quelqu'un. Ménager, sauver l' de quelqu'un. Toucher quelqu'un en son . Défendre, venger son . Engager, hasarder son . Compromettre son . Il y va de son professionnel. Son de soldat est en jeu. Perdre l'honneur. C'est une tache à son , sur son . Il met son à ne pas céder. Répondre sur son d'un engagement, de quelqu'un. Jurer sur l'honneur. Une attestation sur l'honneur. Parole d'honneur, promesse faite ou assurance donnée sur l'honneur. Il m'a donné sa parole d'honneur. Formules de serment. Sur l'honneur, sur mon . Parole d' ! Expr. Une dette d'honneur, voir . Un prêt d'honneur, prêt sans garantie matérielle, que l'on s'engage sur l' à rembourser. Une affaire d'honneur, une affaire où l' est en jeu et, anciennt., un duel. Jury d'honneur, composé d'arbitres réunis exceptionnellement pour délibérer d'un cas mettant en cause la dignité et la réputation d'une personne. Point d'honneur, question dans laquelle on pense que son ou sa dignité est en jeu. Il est trop sensible sur le point d' (vieilli). Autrefois, les maréchaux de France étaient juges du point d'honneur. Se quereller pour un point d'honneur. Mettre son point d' à exécuter correctement une tâche. Se faire un point d' de n'avoir jamais de dettes. L' est sauf, se dit après un échec, une défaite ne portant pas atteinte à la réputation, ou à l'issue d'un duel sans résultat. Nous n'avons pas su vaincre, mais nous avons sauvé l'honneur. Tout est perdu, fors l'honneur, voir . Perdre quelqu'un d'honneur, lui ôter toute la considération dont il jouit. C'est un homme perdu d'honneur. Cette action le perdit d'honneur. Piquer d' une personne, lui persuader qu'il y va de son de faire ou ne pas faire quelque chose. Se piquer d'honneur, montrer plus d'habileté, de courage, de générosité, que l'on n'a coutume d'en faire paraître. Il s'est piqué d'honneur, son ouvrage est beaucoup mieux fait qu'à l'ordinaire. Spécialt. Class. Souci qu'a une femme de se respecter soi-même, soin qu'une femme a de la vertu, de la décence, de la fidélité et de la réputation qui s'y attache. Tenir à son , perdre son . Par ext. En parlant d'un ensemble de personnes. Soutenir l' de la famille. Soutenir l' du corps, du régiment, de la profession. L' national. Par méton. Veiller à l' du nom, à la réputation de la famille. Compromettre l' de son nom.
3. Estime, considération, renom, gloire qui s'attachent aux mérites, aux talents, à la vertu, au courage. S'acquérir de l'honneur. Il eut pour lui tout l' de la victoire. Il s'en est tiré avec beaucoup d'honneur. Il n'y a ni ni profit à cela. Jouer pour l'honneur, d'une manière désintéressée, pour le plaisir. La partie d'honneur, la belle . Honneur aux braves ! Honneur aux vaincus ! Mourir, tomber au champ d'honneur, voir . Expr. Être, mettre en , être, mettre en grande estime, ou, par affaibl., en faveur. Sous son règne les vertus, les talents furent en . Ce style architectural fut en à cette époque. Il mit les lettres, les sciences en . Être l' de son siècle, de son pays, de sa famille, de sa profession, etc., en être la gloire et l'ornement. Il est l' de la magistrature. Elle est l' de son sexe. Faire à son siècle, à son pays, à sa famille, etc., lui acquérir de la gloire, de la réputation, de l'estime, par ses talents, par ses actions. Faire à sa naissance, à son passé, en soutenir la dignité. Faire à son éducation, répondre aux soins dont elle a été l'objet. Faire à ses engagements, les remplir avec exactitude. On dit dans le même sens Faire à une lettre de change, faire à sa signature, etc. Faire à la vérité, la respecter et la répandre. Faire à quelqu'un, être pour lui un sujet de gloire, de considération. Cette statue fait au sculpteur. Cet acte, ce discours, cet ouvrage lui fait . Ces sentiments vous font , manifestent votre qualité. Faire à quelqu'un d'une chose, la lui attribuer, ou lui en attribuer le mérite. On lui fait d'un sentiment qu'il ne connut jamais. Il se fait d'un ouvrage qui n'est pas de lui. Se faire de quelque chose ou (vieilli) de quelqu'un signifie aussi s'en tenir honoré, s'en honorer. Scipion se faisait d'être ami de Térence. Il se fait de son fils. Il se faisait d'être allié de telle maison. On dit dans le même sens (class.) Tenir à . Je tiens à de lui être présenté. Se faire de sa fortune, en faire un bon et digne emploi (vieilli) ou s'en vanter, en tirer vanité. Loc. adv. À l' de, à la gloire, à la louange de. On doit dire à l' de cet homme qu'il ne s'est jamais dérobé à ses responsabilités. C'est tout à son . Il en est sorti à son . . Ranger à l'honneur, longer de très près un bateau, une roche, un danger, ce qui fait au capitaine.
4. Marque, démonstration extérieure de l'estime, de la considération qu'on a pour la dignité ou pour le mérite d'une personne ; faveur, distinction. Prétendre à un . Recevoir un . Il ne mérite pas tant d'honneur. L' d'être appelé à de hautes fonctions. Il eut l' de siéger dans cette compagnie. C'est un que d'être admis à sa table. Il ne lui a pas même fait l' de le regarder. À vous l' ! à vous de jouer, de commencer le premier. Vieilli. Réclamer l' du pas, réclamer la préséance. Porter à quelqu'un et respect. Par affaibl. Se dit par civilité, notamment dans les formules épistolaires. Lorsque j'aurai l' de vous voir. La lettre que vous m'avez fait l' de m'écrire. J'ai l' de solliciter... J'ai l' de vous informer... J'ai bien l' de vous saluer ou, ellipt., j'ai bien l'honneur, formule cavalière dont on use pour rompre une conversation, pour prendre congé. À qui ai-je l' de parler ? ou, ellipt. et fam., à qui ai-je l' ? Iron. Faites-moi l' de m'écouter un instant. Par méton. Votre , traduction française des titres dont on use dans les pays anglo-saxons, dont on usait dans l'ancienne Russie, pour s'adresser à certains personnages éminents, à des hauts fonctionnaires, et principalement aux magistrats. Loc. prép. En l' de, pour célébrer quelqu'un, quelque chose. Faire quelque chose en l' de quelqu'un, en l' de Dieu. Cette cérémonie a été faite en mon , en l' de mon retour. Composer des vers à l'honneur, à l' et gloire de quelqu'un. Fam. En quel ? pour quelle raison, pourquoi ? En quel me posez-vous cette question ? Iron. Est-ce en l' de cette femme qu'il se met en frais ? est-ce pour elle, à cause d'elle ? Loc. adj. D'honneur, destiné à honorer quelqu'un. Légion d'honneur, la plus élevée des distinctions nationales, qui récompense des mérites éminents acquis au service de la nation. Il a été élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur. Médaille, prix, diplôme d'honneur, récompensant divers mérites. Croix d' (vieilli), voir . La garde d' d'un souverain, voir . Les dames, les filles d' de la reine, voir . Chevalier d'honneur, personne de qualité attachée au service d'une princesse ou, anciennt., conseiller d'épée qui avait séance et voix délibérative dans les cours souveraines. Demoiselle, garçon d'honneur, voir . La cour d'honneur, la cour principale d'un palais, d'un château, où l'on rend les s aux visiteurs de marque. Escalier d'honneur, voir . Tribune, loge d'honneur. Place d'honneur, place réservée dans une assemblée, un repas, à la personne que l'on veut honorer. Présidence d' et, par méton., président d'honneur. Membre d' d'une assemblée. Vin d'honneur, offert à l'occasion d'une fête, d'une célébration particulière et, par méton., cette fête, cette célébration. Être convié à un vin d'honneur. . Places d'honneur, les deux ou trois places suivant celle du vainqueur dans une compétition. Tour d'honneur, tour de piste supplémentaire effectué par le vainqueur d'une compétition, pour que le public le salue, l'applaudisse. Par antiphrase. Bras d' (triv.), voir . Expr. Rendre à quelqu'un, à la mémoire de quelqu'un, reconnaître publiquement son mérite. Rendre à un savant pour sa découverte. Faire un à quelqu'un, donner à quelqu'un des marques de considération, de respect. Faire à un hôte, l'accueillir avec des égards marqués. Iron. Vous me croyez capable d'une telle action, vous me faites là un bel , c'est beaucoup d'honneur, c'est trop d' que vous me faites ou, ellipt. et fam., c'est trop d' ! Par ext. Fam. Faire à un plat, à un repas, montrer qu'on l'apprécie en mangeant d'abondance et avec un plaisir manifeste. Prov. À tout seigneur tout ou, vieilli, À tous seigneurs tous s, à chacun selon son rang, sa qualité ; se dit quand on veut faire un à quelqu'un, lui donner la préséance, etc.
5. Au pluriel. Témoignages publics d'estime et de considération, rendus au cours d'une cérémonie. On lui a fait de grands s, des s extraordinaires. Il fut reçu avec tous les s dus à son rang. Décerner à un général romain les s du triomphe. Auguste souffrit qu'on lui rendît les s divins. Les s funèbres, suprêmes, les derniers s, la cérémonie des funérailles. Les s militaires, cérémonial au cours duquel un corps militaire salue et honore une personnalité. Avoir droit aux s militaires. Rendre les s militaires ou, absolt., les s. La Garde républicaine rendit les s au chef de l'État. Obtenir les s de la guerre, voir . Admettre quelqu'un aux s de la séance, l'inviter, pour l'honorer, à la séance d'une assemblée ou d'une compagnie dont il ne fait pas partie. Par ext. Faire à quelqu'un les s de sa maison, le recevoir et lui présenter soi-même sa maison, avec beaucoup d'empressement. Faire les s de la table, présider au repas et veiller à la satisfaction de chacun des convives. Fam. Avoir les s de la première page, être cité à la première page d'un journal. Spécialt. Faire les s du pied, à la fin de la chasse offrir le pied droit de devant de l'animal à la personne que le maître d'équipage veut honorer. Par méton. Les s, sonnerie de trompes exécutée pendant cet hommage. Par méton. Les dignités, les charges publiques. Aspirer aux s. Briguer les s. Être élevé aux s. Parvenir aux plus grands s. Le chemin, la carrière des s. Couronne, sceptre et autres pièces symboliques qui servaient dans certaines grandes cérémonies, telles que le sacre, le baptême, les funérailles des rois. Porter les s.


Les figures, les hautes cartes de chaque couleur ou, spécialt., de l'atout. Au bridge, les s sont l'as, le roi, la dame, le valet et le dix. Compter cent points d'honneurs.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Sentiment d'une dignité morale, estimée plus haut que tous les biens, et qui nous porte à des actions loyales, nobles et courageuses. "C'est un homme d'honneur. C'est un homme plein d'honneur. Il aime l'honneur, ne craignez point qu'il fasse une mauvaise action. Ce sont des gens d'honneur. L' français. Il faisait consister l'honneur à... Il n'a ni coeur ni . Il est sans . Manquer à l'honneur. Écouter la voix de l'honneur. C'est un cas embarrassant, il n'a consulté que l'honneur. L' exige que... Allez où l' vous appelle. Satisfaire à l'honneur."
Par manière de serment, "Sur l'honneur, Sur mon . Je l'atteste sur l'honneur. Je vous en réponds sur mon ." On dit de même "Foi d'homme d'honneur, je le ferai," ou simplement "D'honneur," mais seulement dans le langage familier. On dit aussi quelquefois "En . En , je ne le puis."
"Parole d'honneur," Promesse faite ou assurance donnée sur l'honneur. "Il m'a donné sa parole d'honneur."
"Ma parole d'honneur" ou" Parole d'honneur" se dit quelquefois, dans la conversation, pour affirmer fortement. "Ma parole d'honneur, cela s'est passé comme je vous le dis."
"En tout bien et en tout " ou" En tout bien et tout ," Sans arrière-pensée. "Il voit cette fille en tout bien et tout ," À bonne intention.
En parlant des Femmes, il se dit particulièrement pour Pudicité, chasteté, souci de se respecter soi-même. "C'est une femme d'honneur, sans . Elle tient à son . Elle a forfait à son . C'est une femme qui a perdu son . Ravir l' à une femme," La violer.
Il désigne aussi l'Estime, la considération, le renom, l'éclat qui suivent les talents ou les vertus. "Acquérir de l'honneur. Vivre sans . Il est dans un haut degré d'honneur." "Vous y aurez de l'honneur. Il en est sorti à son . Il s'en est tiré avec . On doit dire, à l' de ce prince, que... Il eut tout l' de la victoire. C'est à lui que tout l' doit en revenir. L' d'achever cette entreprise vous était réservé. Honneur aux braves! Cet ouvrage lui fait . L' du nom français. L' du nom. L'honneur du régiment. L' du barreau."
"Soutenir l' du corps," Soutenir la dignité, les privilèges de la compagnie à laquelle on appartient.
"Il n'y a ni ni profit à cela," Cela n'est ni honorable ni utile.
"Être en ," Être estimé, protégé, favorisé. "Sous ce prince éclairé, les vertus, les talents furent en , les lettres étaient en ." On dit dans le même sens "Il mit les lettres, les sciences en ."
"Champ d'honneur" se dit proprement du Champ de bataille. "Mourir au champ d'honneur. Il est mort au champ d'honneur."
"Mourir au lit d'honneur" se dit d'un Homme qui meurt pour le service de l'État. On le dit quelquefois, par extension, de Tout homme qui meurt dans l'exercice actuel d'une profession honorable.
"Faire à son siècle, à son pays, à sa famille, etc.," Lui acquérir de la gloire, de la réputation, de l'estime, par ses talents, par ses actions. "Faire à sa naissance," En soutenir l'éclat. "Faire à son passé."
"Faire à son éducation," Répondre aux soins dont elle a été l'objet. "Faire à ses affaires, à ses engagements," Remplir ses engagements. On dit dans le même sens "Faire à une lettre de change, faire à sa signature, etc."
"Être l' de son siècle, de son pays, de sa famille, de sa profession, etc.," En être la gloire et l'ornement. "Il est l' de la magistrature. Elle est l' de son sexe."
"Faire à quelqu'un d'une chose," La lui attribuer. "On lui fait d'un sentiment qu'il ne connut jamais. Il se faisait d'un ouvrage qui n'était point de lui."
"Se faire de quelque chose" ou" de quelqu'un" signifie aussi S'en tenir honoré, s'en honorer. "Scipion se faisait d'être ami de Térence. Il se fait de son fils. Il se faisait d'être allié de telle maison." On dit dans le même sens "Tenir à . Je tiens à de lui être présenté."
"Se faire de sa fortune," En faire un bon et digne emploi. Il signifie aussi S'en vanter, en tirer vanité.
Il signifie aussi Estime qu'on obtient non seulement des autres, mais qu'on peut avoir de soi-même. "Attaquer, blesser, flétrir, déchirer l' de quelqu'un. Défendre, venger son honneur. Ménager l'honneur, sauver l' de quelqu'un. Soutenir l' de sa famille. Donner, porter atteinte à l' de quelqu'un. Engager, hasarder son . Son y est intéressé, y est engagé. Être jaloux de son . Réparer l' de quelqu'un. Compromettre son . Perdre l'honneur. Cette action le perdit d'honneur. C'est un homme perdu d'honneur. Faire réparation d'honneur. C'est le toucher en son . Il est délicat sur ce qui regarde l'honneur. Il met son à ne point céder. C'est une tache à son . Il y va de son . L' est sauf. Tout est perdu, fors l'honneur."
"Piquer d' une personne," Lui persuader qu'il y va de son de faire ou de ne pas faire quelque chose. "Se piquer d'honneur," Montrer dans quelque occasion plus d'habileté, plus de courage, plus de générosité, etc., qu'on n'a coutume d'en faire paraître. "On voit qu'il s'est piqué d'honneur, son ouvrage est beaucoup mieux fait qu'à l'ordinaire."
"Point d'honneur," Ce qu'on regarde comme touchant à l'honneur, comme intéressant l'honneur. "Il est trop délicat sur le point d'honneur. Il ne veut pas transiger sur cet article, il" "s'en fait un point d'honneur. Différends, dispute sur le point d'honneur. Ils se sont battus pour un point d'honneur. Autrefois les maréchaux de France étaient juges du point d'honneur."
"Prendre tout au point d'honneur," Étendre trop loin sa délicatesse sur le point d'honneur.
"Affaire d'honneur." Voyez AFFAIRE.
En termes de Jeu, "La partie d'honneur," La troisième partie que l'on joue, lorsque chacun des deux joueurs en a gagné une. "Jouer la partie d'honneur. Gagner la partie d'honneur."
Fam. et en plaisantant, "Ne jouer que pour l'honneur, ne jouer que l'honneur," Jouer sans engager d'argent et seulement pour passer le temps.
"Dettes d'honneur." Voyez DETTE.
Il désigne en outre l'Action, la démonstration extérieure, les égards par lesquels on fait connaître la vénération, le respect, l'estime qu'on a pour la dignité ou pour le mérite de quelqu'un. Dans ce sens, on l'emploie souvent au pluriel. "Il faut rendre à qui il appartient, à qui il est dû. On lui a fait des s extraordinaires, de grands s. Il fut reçu avec tous les s dus à son rang. Les s militaires. Accompagner quelqu'un par . Porter et respect. Auguste souffrit qu'on lui rendît les honneurs divins. Rendre de grands s à la mémoire de quelqu'un. Décerner les s du triomphe. Faire quelque chose en l' de quelqu'un, en l' de Dieu. Les fêtes célébrées en son ." Ironiq., "Vous me croyez capable d'une telle action, vous me faites bien de l'honneur, vous me faites là un bel , c'est beaucoup d'honneur, c'est trop d'honneur que vous me faites, etc."
"Honneurs funèbres," Les s qu'on rend aux morts, les cérémonies des funérailles. On dit aussi "Les s de la sépulture, les s suprêmes, etc."
En termes de Guerre, "Obtenir les s de la guerre." Fig., "Sortir d'un procès avec les s de la guerre." Voyez GUERRE.
"Garde d'honneur," Troupe offerte à des personnages éminents auxquels on rend les honneurs militaires. C'était quelquefois une réunion de citoyens distingués qui, volontairement, servaient de gardes à un souverain, à un prince, etc., pendant son séjour dans la ville, dans le pays. "On offrit au prince, à la princesse une garde d'honneur."
"Place d'honneur" se dit, dans une cérémonie, dans une réunion, dans un repas, etc., de la Place réservée à un personnage éminent, à une personne qu'on veut honorer d'une distinction particulière. "Il avait la place d'honneur. Des places d' leur avaient été réservées."
"Médaille d'honneur, Prix d'honneur, Diplôme d'honneur," se dit de Diverses distinctions honorifiques distribuées dans la vie civile.
"Légion d'honneur." Voyez LÉGION.
"Admettre aux s de la séance," Inviter à assister à la séance des personnes pour leur faire , quoiqu'elles ne fassent pas partie de l'assemblée.
Absolument, "Les s," se dit, en certaines grandes cérémonies, telles que le sacre des rois, leur baptême, leurs funérailles, etc., des Pièces principales qui servent à la cérémonie, comme le sceptre, la couronne, etc. "Les s étaient portés par..."
À certains jeux de Cartes, "Les s," se dit des Figures d'atout.
"Faire les s du pied" signifie, en termes de Chasse, Offrir le pied de la bête, après l'hallali, à la personne que l'on veut honorer.
"Faire les s d'une maison," Recevoir, selon les règles de politesse établies, ceux qui viennent dans la maison.
Fam., "Faire à un repas." Y bien manger et témoigner par là qu'on le trouve bon.
Prov., "À tous seigneurs tous s," ou "À tout seigneur tout ," Il faut rendre à chacun selon son rang et sa qualité.
"À vous l'honneur" se dit, en termes d'Escrime ou de Jeu, pour inviter son adversaire à tirer ou à jouer le premier.
Pop. et par civilité. "Sauf votre ," Sauf le respect que je vous dois.
"Votre " est, en Angleterre, Le titre qu'on donne par respect à certaines personnes de qualité.
Il se joint souvent à un infinitif et quelquefois à un nom par la préposition DE : alors il se prend ordinairement dans le sens de Grâce, faveur, distinction. "Le roi lui a fait l' de la choisir pour... Il mérita l' d'être appelé le Père de la patrie. Il a l' d'être admis souvent à la table du ministre. L' de siéger dans cette assemblée. Il ne m'a pas seulement fait l' de me regarder. Réclamer l' du pas," c'est- à-dire La préséance.
Il se dit très souvent sous cette forme simplement par civilité, par compliment et comme formule de style épistolaire. "Lorsque j'aurai l' de vous voir. Le lettre que vous m'avez fait l' de m'écrire. Faites-moi l' de me dire... J'ai l' d'être..."
Il se prend aussi pour Dignité, charge; et, en ce sens, il n'est d'usage qu'au pluriel. "Aspirer aux s. Être élevé aux s. Briguer les s. Il est parvenu aux plus grands s par tous les degrés. Parvenir au comble des s. La porte des s lui fut ouverte."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Estime glorieuse qui est accordée à la vertu, au courage, aux talents.
CORN.: « Trop peu d' pour moi suivrait cette victoire »
CORN.: « Et l'exécrable de lui donner un maître [à l'univers] »
CORN.: « L' des premiers faits se perd par les seconds »
CORN.: « Ensemble nous cherchons l' d'un beau trépas »
CHAPELAIN: « Ce n'était pas assez [pour Fouquet].... de tourner toutes finances en dépenses impudentes et en acquisitions insolentes qui ne regardaient ni son ni son service [du roi] »
SÉV.: « Votre fils s'était acquis bien de l' dans cette campagne »
BOSSUET: « Tous les arts venaient à leur perfection [chez les Égyptiens] ; l'honneur, qui les nourrit, s'y mêlait partout »
BOILEAU: « N'allons point à l' par de honteuses brigues »
MASS.: « Notre nation, ou plus vaine ou plus frivole, comme on l'en accuse, ou, pour parler plus équitablement et lui faire plus d'honneur, plus attachée à ses maîtres et plus respectueuse envers les grands »
MASS.: « Le pécheur est souvent élevé en »
MASSON: « L' de secourir les peuples qu'on opprime Sera toujours brigué par les braves Français »
SÉGUR: « Désormais son nom [de Rostopchine] appartient à l'histoire ; toutefois il n'eut que la plus grande part à l' de ce grand sacrifice [l'abandon de Moscou] ; il était déjà commencé dès Smolensk, lui l'acheva »
    Il se dit elliptiquement et par exclamation. Honneur aux braves ! c'est-à-dire rendons aux braves.
    Soutenir l' du corps, soutenir les prééminences, les priviléges de son corps, de sa compagnie.
    Par analogie et plaisanterie.
SÉV.: « Mme de Sully soutiendra l' de la danse »
    Il n'y a ni ni profit à faire une telle chose, c'est-à-dire elle n'est ni utile ni honnête.
    Moins d' et plus de profit, c'est-à-dire l' ne suffit pas, il faut aussi du profit.
    En , en estime et réputation.
RÉGNIER: « ....Ma muse imparfaite eut en la tienne »
SÉV.: « Il met en toute la tendresse des enfants »
BOSSUET: « Toutes les sciences ont été en grand parmi eux [les Égyptiens] »
FÉN.: « J'ai vu partout le labourage en »
    Faire à, procurer estime et réputation, considération glorieuse. Faire à son pays.
ROLLIN: « Chez ces anciens Romains, ce n'était point la maison qui faisait au maître, mais le maître qui faisait à la maison »
RAYNAL: « Un homme qui fait maintenant à l'Espagne et qui en ferait à quelque nation que ce pût être, M. Campo Manès »
    Faire à sa naissance, en soutenir l'éclat.
    Faire à son éducation, répondre aux soins qu'elle a coûté.
    Faire à une lettre de change, à sa signature, payer une lettre de change, payer l'engagement qu'on a souscrit.
    Faire à ses affaires, tenir tous ses engagements.
    Fig.
SÉV.: « Faisant à la résolution que j'avais prise »
    Faire à quelqu'un d'une chose, la lui attribuer.
    On le dit dans le même sens, en parlant de choses.
MASS.: « Vous faites de votre irréligion à la force de votre esprit »
MASS.: « Des singularités dont on fait à la grâce »
    Faire à la vérité, la confesser.
SÉV.: « Voilà ce que je voulais vous dire pour faire à la vérité »
    Champ d'honneur, un champ de bataille.
VOLT.: « Richard demeura maître du champ d' »
    Mourir au lit d'honneur, mourir les armes à la main, dans la guerre.
TRISTAN: « Cet amant fortuné, ce prodige en bonheur Pour dernier avantage est mort au lit d'honneur »
CORN.: « Je demande sa mort, mais non pas glorieuse.... Non pas au lit d'honneur, mais sur un échafaud »
    On dit plus souvent mourir au champ d'honneur. Mort au champ d'honneur, est la formule consacrée dans les billets de faire part de la mort des militaires tués sur le champ de bataille.
    Mourir au lit d'honneur, se dit aussi d'un homme qui meurt dans l'exercice d'une profession honorable.
    Par plaisanterie, mourir au lit d'honneur, se dit d'un ivrogne, d'un joueur, etc. qui continuent à boire, à jouer jusqu'au dernier moment.
    Par antiphrase. Lieu d'honneur, lieu de débauche.
SÉV.: « Parlons un peu de votre frère.... il est d'une faiblesse à faire mal au coeur ; il plut hier à trois de ses amis de le mener souper dans un lieu d' ; il y fut »

 2   Le besoin d'avoir de l'honneur, des distinctions, des préférences.
MONTESQ.: « [Dans le gouvernement monarchique] l'honneur, c'est-à-dire le préjugé de chaque personne et de chaque condition, prend la place de la vertu politique et la représente partout ; il y peut inspirer les plus belles actions ; il peut, joint à la force des lois, conduire au but du gouvernement comme la vertu même »
MONTESQ.: « La nature de l' est de demander des préférences et des distinctions ; il est donc, par la chose même, placé dans le gouvernement monarchique »
MONTESQ.: « Ce n'est point l' qui est le principe des États despotiques : les hommes y étant tous égaux, on n'y peut se préférer aux autres ; les hommes y étant tous esclaves, on n'y peut se préférer à rien »
VOLT.: « Le mot célèbre du duc d'Orléans régent suffit pour détruire le fondement de l'Esprit des lois : c'est un parfait courtisan, il n'a ni humeur ni »

 3   Le sentiment qui fait que l'on veut conserver la considération de soi-même et des autres.
CORN.: « Les affronts à l' ne se réparent point »
CORN.: « Impitoyable , mortel à mes plaisirs, Que tu vas me coûter de pleurs et de soupirs ! »
CORN.: « Et d'autant que l' m'est plus cher que le jour »
CORN.: « Je vois que votre demande tout mon sang, Que tout le mien consiste à vous percer le flanc »
CORN.: « L'amour n'est qu'un plaisir, l' est un devoir »
MOL.: « Lorsque l'injure a une fois éclaté, notre ne va point à vouloir cacher notre honte, mais à faire éclater notre vengeance »
SÉV.: « Encore a-t-on son à garder »
BOSSUET: « Les injures et les duretés qu'il [le mauvais serviteur] leur dit [aux hommes qui lui sont confiés], qui sont une espèce de plaie à la réputation et à la vie de l'honneur »
FLÉCH.: « Combien de fois arrêta-t-elle par autorité le coup mortel qu'une langue cruelle allait porter à l' ou à la fortune d'une famille ? »
MAINTENON: « L' d'un gentilhomme me paraît quelque chose de si délicat que je n'ai pu refuser ma protection à celui-ci »
BOILEAU: « Mais l' en effet qu'il faut que l'on admire, Quel est-il, Valincourt, pourras-tu me le dire ? L'ambitieux le met souvent à tout brûler »
BOILEAU: « L' est comme une île escarpée et sans bords ; On n'y peut plus rentrer, dès qu'on en est dehors »
BOILEAU: « ....Le seul solide, C'est de prendre toujours la vérité pour guide »
BOILEAU: « Marchez, courez, volez où l' vous appelle »
RAC.: « L' parle, il suffit ; ce sont là nos oracles »
SAINT-FOIX: « Qu'est-ce que l' ? c'est la force de l'âme animée ou réveillée par le devoir, et qui, quelquefois même, nous porte au delà de ce qu'il prescrit »
VOLT.: « Cet étranger, parmi nous inconnu, N'est qu'un fantôme vain qu'on prend pour la vertu : C'est l'amour de la gloire, et non de la justice, La crainte du reproche, et non celle du vice »
VOLT.: « On a perdu bien peu quand on garde l'honneur »
VOLT.: « Nous lui devions nos jours, nos services, notre être.... Mais l' est un bien que nous ne devons pas »
VOLT.: « Un pouvoir qui se fonde Sur les faux préjugés du faux du monde »
VOLT.: « Des lois que nous suivons la première est l'honneur »
SÉGUR: « C'est une nation de héros [les Polonais], se faisant valoir au delà de la vérité, mais ensuite mettant leur à rendre vrai ce qui d'abord n'avait été ni vrai ni même vraisemblable »
SÉGUR: « Son colonel [d'un régiment], le jeune Fezensac, sut ranimer ces hommes à demi perclus de froid.... toute sensation physique portait à se rebuter et à fuir, la nature le conseillait de ses cent voix les plus pressantes, et pourtant quelques mots d' suffirent pour obtenir le dévouement le plus héroïque »
SÉGUR: « Mais, toutes ces horreurs [d'un champ de bataille], il les couvrit de gloire ; sa reconnaissance transforma ce champ de mort en un champ de triomphe, où pendant quelques heures régnèrent seuls l' et l'ambition satisfaits »
SÉGUR: « Les dernières paroles de l'empereur à Lauriston [envoyé auprès du général russe] furent : Je veux la paix, il me faut la paix, je la veux absolument ; sauvez seulement l'honneur »
    Il se dit aussi en parlant des nations.
SÉGUR: « Dans cette grande crise, Rostopchine vit surtout deux périls : l'un qui menaçait l' national, celui d'une paix honteuse dictée dans Moscou et arrachée à son empereur ; l'autre... »
    Perdre quelqu'un d'honneur, lui ôter toute l'estime dont il jouit.
CORN.: « Il le perd d'honneur »
SÉV.: « Je suis perdu d'honneur, voici un affront que je ne supporterai point »
    Piquer d' une personne, lui persuader que son est engagé à faire ou à ne pas faire une chose.
    Se piquer d'honneur, montrer dans une occasion plus de qualités qu'on n'a coutume d'en faire paraître ; et aussi faire une chose comme si l'on y était engagé, ou par émulation. Point d'honneur, ce qui pique, excite, en fait d'honneur, et oblige à ne pas céder, à ne pas reculer.
PASC.: « Leur passion est ce point d' qui les engage à des violences »
BOILEAU: « Martyr glorieux d'un point d' nouveau »
VOLT.: « Je conçois bien qu'un scélérat, associé à d'autres scélérats, cèle d'abord ses complices ; les brigands s'en font un point d' ; car il y a de ce qu'on appelle jusque dans le crime »
    Prendre tout au point d'honneur, avoir trop de susceptibilité sur le point d'honneur.
    Par extension. Se faire un point d' de quelque chose, y mettre un soin comparé au soin qu'on a de son .
BOSSUET: « Elle s'en fait un point d' »
    Terme de blason. Point d'honneur, place de l'écu située entre le chef et la fasce. Quartier d'honneur, le premier quartier ou canton du chef.
    Familièrement. Réparation d'honneur, se dit à quelqu'un à propos de qui on reconnaît avoir cru une chose désavantageuse laquelle n'est pas.
    Affaire d'honneur, débat, démêlé où les parties croient leur engagé, et, dans un sens plus restreint, duel.
    Dettes d'honneur, dettes de jeu.

 4   Qualité qui nous porte à faire des actions nobles et courageuses ; vertu, probité. C'est un homme plein d'honneur. L' français. Les lois de l'honneur. Il aime l'honneur, ne craignez pas qu'il fasse une mauvaise action.
MOL.: « On sait que ce pied-plat, digne qu'on le confonde, Par de sales emplois s'est poussé dans le monde.... Son misérable ne voit pour lui personne »
BOILEAU: « Entendons discourir sur les bancs des galères Ce forçat abhorré même de ses confrères ; Il plaint par un arrêt injustement donné L' en sa personne à ramer condamné »
MARIVAUX: « Ce n'est plus avoir de l'honneur, que de laisser espérer aux gens qu'on en manquera »
    Homme d'honneur, homme qui a probité, franchise et générosité.
MAIR.: « Et tout homme d' doit souffrir le trépas Plutôt que de promettre et de ne tenir pas »
CORN.: « Ne le recevez point en meurtrier d'un frère, Mais en homme d' qui fait ce qu'il doit faire »
MOL.: « Je veux qu'on soit sincère et qu'en homme d' On ne lâche aucun mot qui ne parte du coeur »
MOL.: « Trahi de toutes parts, accablé d'injustices, Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices, Et chercher sur la terre un endroit écarté Où d'être homme d' on ait la liberté »
PASC.: « C'était une personne d' qui nous contait cette histoire »
    Au plur. On dit des gens d'honneur.
CORN.: « Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'honneur »
BOSSUET: « Je crains que leur probité ne soit de celle des sages du monde.... qui s'imaginent avoir rempli les devoirs de la vertu lorsqu'ils vivent en gens d' »
    Par , comme si on était engagé par les lois de l'honneur.
FLÉCH.: « Vous qui prêtez l'oreille au mensonge, et qui, par ou par conscience, renonçant à débiter les médisances, vous êtes réservé le droit de les croire »
GENLIS: « Lorsqu'on a poussé l'exagération ou la flatterie jusqu'à un certain point, on se croit obligé par à la soutenir »
    Avec , en restant fidèle à l'honneur.
PASC.: « Pour faire subsister sa famille avec »
RAC.: « Mais, n'étant point unis par un lien si doux [l'hymen], Me puis-je avec dérober avec vous ? »
    En , même sens.
LAMART.: « Qui sait, lorsque le sang du martyre l'arrose, Si je puis en abandonner sa cause [du Seigneur] ? »
    En tout bien et en tout , en tout bien et tout , à bonne fin, à bonne intention.
MOL.: « Il ne prétend à vous qu'en tout bien et en tout »
    Par serment. Sur l'honneur, sur mon , en , en vérité, assurément. Sur l'honneur, en , je n'en puis rien faire.
    Foi d'homme d'honneur, ou, elliptiquement, d'honneur, même sens. D'honneur, je ferai ce que vous désirez.
    Parole d'honneur, promesse faite sur l'honneur.
    Dans la conversation, ma parole d'honneur, ou, simplement, parole d'honneur, se dit pour affirmer. Je serai exact au rendez-vous, parole d'honneur.

 5   Honneur, en parlant d'une femme, la chasteté ou le mariage légitime. Rendre l' à une femme, l'épouser après l'avoir eue pour maîtresse.
MALH.: « Ces vieux contes d'honneur, invisibles chimères, Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères »
RÉGNIER: « Ha ! que ne suis-je roi pour cent ou six vingts ans ? Par un édit public qui fût irrévocable, Je bannirais l'honneur, ce monstre abominable, Qui nous trouble l'esprit et nous charme si bien Que sans lui les humains ici ne voient rien, Qui trahit la nature, et qui rend imparfaites Toutes choses qu'au goût les délices ont faites »
RÉGNIER: « L' est un vieux saint que l'on ne chôme plus »
CHAPELAIN: « L'inquiétude que vous donne cette maudite affaire du surintendant est la marque de la délicatesse de votre »
MOL.: « Notre est, monsieur, bien sujet à faiblesse, S'il faut qu'il ait besoin qu'on le garde sans cesse »
MOL.: « Je ne vois rien de si ridicule que cette délicatesse d' qui prend tout en mauvaise part, donne un sens criminel aux plus innocentes paroles, et s'offense de l'ombre des choses »
MOL.: « C'est l' qui les doit [les femmes] tenir dans le devoir, Non la sévérité que nous leur faisons voir »
    Femme d'honneur, femme qui se conduit bien.
MOL.: « Une femme d' peut avouer sans honte Ces surprises des sens que la raison surmonte »
    Familièrement. Faire faux bond à son , forfaire à son , se dit d'une femme qui manque à la chasteté.

 6   Honneur, en parlant d'un mari, la bonne renommée qui rejaillit sur lui de la fidélité de sa femme.
MOL.: « Quand j'aurai fait le brave, et qu'un fer, pour ma peine, M'aura d'un vilain coup transpercé la bedaine.... Dites-moi, mon , en serez-vous plus gras ? »
MOL.: « Quoi que sur ce sujet votre vous inspire »
RAC.: « De l' ottoman ses successeurs jaloux »

 7   Démonstration extérieure de respect, d'estime.
CORN.: « Au vainqueur, non à moi, vous faites tout l'honneur »
ROTR.: « L' qu'on rend aux morts est une vieille loi »
ROTR.: « L' qu'on porte aux siens devient illégitime »
SÉV.: « On vous fait des s extrêmes, il faut répondre à tout cela, vous êtes accablée »
SÉV.: « Je voudrais savoir si vous êtes entièrement insensible à tous les s qu'on vous fait ; pour moi, je vous avoue grossièrement qu'ils ne me déplairaient pas »
BOSSUET: « Il reçoit de ces peuples les s divins »
BOSSUET: « Jetez les yeux de toutes parts ; voilà tout ce qu'a pu faire la magnificence et la piété pour honorer un héros : des titres, des inscriptions, vaines marques de ce qui n'est plus.... rien enfin ne manque dans tous ces s que celui à qui on les rend »
BOSSUET: « Lui-même il avait été reconnaître les rivières et les montagnes qui servirent à ce grand dessein [la prise de l'armée de Labiénus en Espagne par César]... les capitaines des siècles futurs lui rendront un semblable »
BOSSUET: « Il [Condé] rendait au roi d'Angleterre et au duc d'York tous les s qui leur étaient dus »
FLÉCH.: « Ne me rends pas un que je n'ai pas mérité, à moi qui n'en voulus jamais rendre qu'au vrai mérite »
RAC.: « L' seul peut flatter un esprit généreux »
RAC.: « Je vois mes s croître et tomber mon crédit »
RAC.: « Et ne préférez pas à la solide gloire Des s dont César prétend vous [Junie] revêtir La gloire d'un refus sujet au repentir »
RAC.: « ....Que ma bouche et mon coeur, et tout ce que je suis, Rendent au Dieu qui m'a donné la vie »
FÉN.: « On nous reçut avec »
MASS.: « En rendant l' et le tribut aux puissances établies de Dieu »
MASS.: « En rendant à une fausse vertu l'estime et l' qui ne sont dus qu'à la vertu véritable »
ROLLIN: « Les traîtres le saisirent, le lièrent avec des chaînes d'or pour faire à sa qualité de roi, et prirent le chemin de la Bactriane, le conduisant dans un chariot couvert »
VOLT.: « Un jour qu'il [Virgile] vint à paraître au théâtre, après qu'on y eut récité quelques-uns de ses vers, tout le peuple se leva avec des acclamations, qu'on ne rendait alors qu'à l'empereur »
J. J. ROUSS.: « Non moins exigeant pour l' qui m'était dû, qu'attentif à rendre celui que je devais aux autres »
    Sans , avec ignominie.
RAC.: « Faut-il que sans l'Euphrate vous revoie ? »
RAC.: « Il me faut sans retourner sur mes pas »
RAC.: « Et traîné [Hector] sans autour de nos murailles »
    Les s suprêmes, les derniers s, les s funèbres, les s du cercueil, de la sépulture, les funérailles.
CORN.: « Ces montagnes de morts privés d'honneurs suprêmes »
ROTR.: « J'entends qu'avec ma cour toute la ville en deuil, Demain rende au dernier [Étéocle] les s du cercueil »
FLÉCH.: « Le prétexte de l'ambassade fut de redemander le corps de Gratien, pour lui rendre les derniers s »
    Terme militaire. Obtenir les s de la guerre, ne pas rendre ses armes en abandonnant une place ; autrefois, c'était sortir par la brèche, enseignes déployées, mèche allumée, balle en bouche ; aujourd'hui, c'est sortir avec armes et bagages, ne déposant les armes qu'aux avant-postes ou sur les glacis. Fig. Sortir d'une querelle, d'un procès, d'une discussion avec les s de la guerre, en sortir honorablement, avec succès.
    Une garde d'honneur, voy. GARDE 1, n° 13.
    Les gardes d'honneur, jeunes gens qui, sous le premier empire, s'étant rachetés de plusieurs conscriptions, furent appelés au service militaire et formèrent des régiments de cavalerie.
    Place d'honneur, la place réservée dans une cérémonie, dans un repas, à une personne qu'on veut honorer d'une distinction.
    Cour d'honneur, la cour principale d'une maison. On dit de même l'escalier d'honneur.
    Les cours d'honneur, sorte de tribunaux dans le genre des cours d'amour, qui décidaient les questions du point d'honneur.
    En l' de, à l' de, pour faire à.
FÉN.: « Il avait composé des hymnes à l' des enfants de Latone »
VOLT.: « Vous me demandez les pièces de vers qu'on a faites à mon et gloire ; je conserve peu de ces pièces fugitives »
D'ALEMB.: « Votre Majesté croira-t-elle qu'on a fait la défense la plus rigoureuse à tous les journalistes de dire un seul mot à l' de M. de Voltaire ? »
DIDER.: « On voyait aussi des pères insensés se jeter au milieu des flammes en l' de leur idole »
    Faire les s d'une maison, recevoir selon les règles de la politesse ceux qui viennent dans la maison.
MOL.: « Je vais faire pour vous, mon père, les s de votre logis »
SÉV.: « Elle a été tout le jour dans une chambre faisant l' du logis »
SÉV.: « Une jolie femme vient nous faire les s »
SÉV.: « Le duc a fait les s de son gouvernement au roi d'Angleterre »
HAMILT.: « Il lui laissait le soin de faire les s de la table »
STAËL: « Elle fit les s de chez elle à merveille »
    Fig. Faire les s de son esprit, montrer de l'esprit.
MOL.: « Faisons bien les s au moins de notre esprit »
    Faire les s de quelqu'un, en parler.
SÉV.: « Je n'eus pas le courage de faire les s de vous »
    Ironiquement. Faire les s de quelqu'un, en mal parler.
GRESSET: « ....La bête est si bonne, Soit dit sans vous fâcher. - Ah ! je vous l'abandonne, Faites-en les s... »
    Faire les s d'une chose à quelqu'un, en disposer en faveur de quelqu'un.
D'ALEMB.: « La part qui me revient de cette gloire ou de cette honte est si petite, que je ne cours pas après, et que j'en fais les s à qui voudra »
    Familièrement. Faire à un repas, y bien manger.
    Terme de marine. Faire à un banc, à une roche, en passer près, mais sans le toucher et, pour ainsi dire, en se tenant à une distance respectueuse.
    On dit dans le même sens : ranger à l' les roches, un écueil, etc.

 8   Distinction qui flatte, qui honore.
BALZ.: « J'emporte avec moi le regret de ne pouvoir vous dire à combien d' je reçois l'offre que vous me faites »
CORN.: « Parlons-en mieux, le roi fait à votre âge »
LA FONT.: « Nourris ensemble et compagnons d'école ; C'était beaucoup d' au jeune perroquet ; Car l'enfant était prince et le père monarque »
LA FONT.: « Ce nous serait »
LA FONT.: « Vous leur fîtes, seigneur, En les croquant [les moutons], beaucoup d'honneur »
    L' du pas, la préséance.
    Honneur se met en ce sens avec de et un verbe à l'infinitif. L' d'appartenir à l'Académie. Il ne m'a pas fait l' de me regarder. Il a l' d'être admis à la table du prince.
CORN.: « De tous ces meurtriers te dirai-je les noms ? Procule, Glabrion.... Le reste ne vaut pas l' d'être nommé »
    Il se dit en ce sens par civilité et par compliment.
BALZ.: « Je pourrais prendre de la vanité de la lettre que vous m'avez fait l' de m'écrire »
BOSSUET: « Je me suis donné l' de vous écrire une grande lettre »
HAMILT.: « Elle lui dit qu'elle aurait l' de l'accompagner »
    J'ai l' de vous saluer, aujourd'hui la plus sèche des formules de civilité au bas d'une lettre.
    Tenir à , regarder comme une distinction. Je tiens à de lui être présenté.
MOL.: « Je tiens son alliance à singulier »
CHATEAUB.: « Les druides ont tenu la chasteté à »
    Se faire un , regarder comme honorable.
BOSSUET: « Le sénat se faisait un de défendre les dieux »
ROLLIN: « Dans ce temps-là, les premières personnes de l'État, et les empereurs même, se faisaient un et un plaisir d'assister aux leçons des grands philosophes et des rhéteurs de réputation »
    Il y a et plaisir à, c'est une chose qui procure estime et plaisir.
DANCOURT: « Voilà d'excellent vin, monsieur Lucas, et il n'y a qu' et plaisir à travailler à vos vignes »
    Se faire de quelque chose, s'en honorer, s'en parer.
CORN.: « Aux zèles indiscrets tout paraît légitime, Et la fausse vertu se fait du crime »
FLÉCH.: « Vertueux sans vouloir se faire de sa vertu »
HAMILT.: « Elle lui promit de s'en faire au bal »
J. J. ROUSS.: « Ils ne doutèrent pas que je ne me fusse fait du travail d'autrui »
    Il aime à se faire de ce qu'il possède, il dépense une partie de son bien d'une manière utile ou agréable aux autres, en dîners, en soirées de musique, etc.
    Fig.
SÉV.: « Faire d'une chose à..., l'attribuer à.... Ce n'est pas que le carnaval n'ait été d'une tristesse excessive, vous pouvez vous en faire »
    Ironiquement. Faire beaucoup d' à quelqu'un, lui faire bien de l'honneur, le traiter mieux qu'il ne mérite.
MASS.: « On fait bien de l' à des hommes si dignes de pitié »
FONTEN.: « De la manière dont ces peuples étaient faits, c'était leur faire trop d' que de les fourber avec quelque précaution »
    Elliptiquement et dans le même sens ironique.
SÉV.: « Vous croyez donc que le roi ou la province donne quelque chose à mon fils pour nourrir ou instruire cette noblesse ; rien du tout, je vous assure ; encore trop d' »
    Ironiquement. Vous me faites bien de l'honneur, vous me faites là un bel , c'est beaucoup d'honneur, c'est trop d' que vous me faites, signifie : vous avez une bien mauvaise opinion de moi. Vous me croyez capable d'une aussi mauvaise action, vous me faites bien de l'honneur.
    Fig.
LA FONT.: « Avoir l' de, venir à bout de...., faire que.... [L'assemblée] Se donne entière à l'orateur, Un trait de fable en eut l'honneur »
SÉV.: « Mme de Langeron doit avoir l' de ce changement »
GENLIS: « Que ce sacrifice soit à la fois utile à votre réputation, à votre bonheur, à celui de la reine, qu'il soit volontaire, que la religion en ait tout l' »
    Fig. À.... , avec un pronom possessif, heureusement, avec succès.
LA FONT.: « À son elle en sortit »
VOLT.: « Faites comme vous pourrez, mes anges ; mais venons-en à notre »
BÉRANG.: « Enfin, malgré l'aï qui mousse, J'en veux venir à mon »

 9   Légion d'honneur, ordre institué en France pour récompenser les services militaires et les talents distingués.
    Familièrement. La croix d'honneur, l'insigne de la Légion d'honneur.
    On dit dans le même sens : l'ordre d'honneur.
SÉGUR: « Enfin les lanciers russes se rebutèrent ; leur fuite, les cris de joie de notre armée, l'ordre d' que l'empereur envoya sur le champ même aux plus braves, tout apprit à ces vaillants soldats leur gloire, qu'ils n'appréciaient pas encore, les belles actions paraissant toujours simples à ceux qui les font »

 10   Chevalier d'honneur, dame d'honneur, personnes de qualité attachées au service d'une princesse.
    Enfants d'honneur, s'est dit de jeunes gens de qualité qui étaient nourris auprès d'un prince, pendant son enfance.
    Garçon, fille d'honneur, celui, celle qui, pendant la cérémonie nuptiale, assistent le marié, la mariée.
    Président d'honneur, président honoraire.
    Marguillier d'honneur, marguillier d'un état supérieur à celui des marguilliers ordinaires. Le marguillier d' n'est point comptable.
    Chevalier d'honneur, s'est dit de conseillers d'épée qui avaient séance et voix délibérative dans les cours souveraines.
    Conseillers d'honneur, conseillers qui avaient séance et voix délibérative dans certaines compagnies, quoiqu'ils n'eussent point de charge.

 11   Dans le langage poétique ou élevé, au pluriel, les s, l'éclat de la gloire.
BOSSUET: « Loin donc, s de la terre, tout votre éclat couvre mal nos faiblesses et nos défauts ; il ne les cache qu'à nous seuls et les fait connaître aux autres »
BOILEAU: « Que la nature donc soit votre étude unique, Auteurs qui prétendez aux s du comique »
RAC.: « Détruisons ses s [de Rome] et faisons disparaître La honte de cent rois et la mienne peut-être »
RAC.: « Partez ; à vos s [d'Achille partant pour Troie] j'apporte trop d'obstacles »
RAC.: « On verra de David l'héritier détestable Abolir tes s [de Dieu], profaner ton autel, Et venger Athalie, Achab et Jézabel »

 12   Au plur. Dignité, charge.
BOSSUET: « Voilà celui qui nous menait dans les hasards ; sous lui se sont formés tant de renommés capitaines que ses exemples ont élevés aux premiers s de la guerre »
BOSSUET: « Élevé sans empressement aux premiers s, il y a vécu aussi modeste que grand »
BOSSUET: « Lorsqu'on se voit tout d'un coup élevé aux places les plus importantes, et que je ne sais quoi nous dit dans le coeur qu'on mérite d'autant plus de si grands s qu'ils sont venus à nous comme d'eux-mêmes, on ne se possède plus »
FLÉCH.: « Les s sont institués pour récompenser le mérite, pour exercer la sagesse et pour être des occasions de faire du bien »
ALPH. KARR: « Tant de gens échangent volontiers l' contre les s »

 13   Les s du Louvre, se disait de certaines distinctions, et particulièrement d'entrer à cheval ou en carrosse dans la cour du Louvre et dans celles des autres maisons où le roi était logé.
SÉV.: « Il a les s du Louvre par sa charge »
    Les s de l'Église, les prééminences et les droits honorifiques qu'on a dans l'Église.

 14   Les s, se dit, en certaines grandes cérémonies, telles que le sacre des rois, etc. des pièces principales qui servent à la cérémonie ; comme le sceptre, etc.
RAC.: « Ah ! que l'on porte ailleurs les s qu'on m'envoie ; Importune, peux-tu souhaiter qu'on me voie ? »
SAINT-SIMON: « Henri IV [au baptême de Louis XIII] nomma le maréchal de Bouillon, quoique huguenot, pour porter les s »
    Les seigneurs eux-mêmes, qui portent ces pièces.

 15   Fig. Il se dit de ce qui fait l'ornement.
DU RYER: « À Porsenne, à ce roi l' des souverains »
ROTR.: « Pour vous, ma chère soeur, sage et pieuse fille, Gloire du sang d'Oedipe, de sa famille »
BOSSUET: « Corbulon fit tout l' de ce règne par ses victoires »
BOILEAU: « ....La grêle Qui, dans un grand jardin, à coups impétueux, Abat l' naissant des rameaux fructueux »
RAC.: « Il respecte en Pyrrhus l' du diadème »
FÉN.: « Les hêtres qui sont l' des forêts »
DIDEROT: « Tel fut le sort d'Hypatie, l' de son sexe et l'étonnement du nôtre »

 16   Au jeu, la partie d'honneur, la troisième partie que l'on joue, quand chacun des deux joueurs en a gagné une.
    Absolument, l'honneur, la partie d'honneur.
PICARD: « Quant à nous, partie, revanche et l'honneur, et nous venons entendre mademoiselle »
    Ne jouer que l'honneur, que pour l'honneur, ne pas jouer d'argent, jouer seulement pour passer le temps.

 17   Terme de jeu de cartes. Les figures d'atout. J'ai un . J'ai deux s.
    Au whist, au boston, etc. les figures et l'as d'atout.

 18   Terme de féodalité. Mode de propriété libre auquel étaient attachés des droits seigneuriaux.

 19   Votre Honneur est en Angleterre un titre qu'on donne par respect à certaines personnes de qualité.

 20   Populairement et par civilité. Sauf votre , sauf le respect que je vous dois.

PROVERBES
    Les s changent les moeurs, c'est-à-dire un pauvre enrichi est sujet à se méconnaître.
PONS: « Tienne qui voudra pour sentence Que les s changent les moeurs ; Je crois plutôt que les s Mettent les moeurs en évidence »
    À tous seigneurs tous s, à tout seigneur tout , c'est-à-dire il faut rendre à qui il appartient. On dit aussi : aux seigneurs les s.

REMARQUE
    Ce mot ne devrait s'écrire qu'avec une n ; ni le latin, ni l'antique orthographe, ni la prononciation ne justifient les deux nn.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. III: Serez ses hom [son homme] par honur et par ben
     ib. XXIII: À lui lais-je mes honurs et mes fiefs
     ib. LXXII: Se lui servez [Mahomet], l'onur du champ ert [sera] nostre
     ib. CLXXXIV: Conseillez-mei à dreit et à honur
     ib. CCIV: Je n'aurai jà qui soustiene m'onur
     ib. CCXXVIII: En plusurs gestes de lui sont granz honurs [éloges]
    XIIème siècle
     Roncisv. p. 59: En l'onor Deu, le fil sainte Marie
     ib. p. 108: Tant que Dex voille, du champ aions l'onor
     ib. p. 143: En douce France dont les honors [fiefs] tenez
     ib. p. 148: Li rois l'enmene, qui mout lui fait onors
DU CANGE: « N'a droit au fieu ne à l'onor, Qui se combat à son seignor »
     Couci, I: Si li devons moult gran onor porter, Garin le loh. dans DU CANGE, honor. N'oublierai ceste honor D'amer toute la meillor
     ib. VII: Jà n'i croistra vos los ne vos honors
     Romancero, p. 68: Se sauve l'onor Du creator Estoit, tout temps [je] voudroie [qu'il] Nuit feist du jor ; Jamais dolor Ne pesance [je] n'auroie
     Sax. IV: Mais [que] cil en ait l'onor, cui Dex voudra aidier
     ib. XXVI: Mais cil qui pert honor, vaurroit mieux mors que vis
     ib. XXXII: Si nous portera Charles honor et seignorie
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Uns griex [un Grec], qui mout estoit sires dou païs.... si vint à lui, li fist mout grant oneur, puis li dist... »
     Berte, XXXIII: Quant de si haute honor [je] sui cheüe en la boue
BRUN. LATINI: « L'onor n'est pas autre chose que guerredon de vertu et merci dou bien receu »
     la Rose, 1255: À li [courtoisie] se tint uns chevaliers Acointables et biaus parliers Qui sot bien faire honor as gens
JOINV.: « Le roy me dit que ce moustier estoit fait en l'onneur du miracle que Dieu fist du dyable que il geta hors du cors de la fille à la veuve femme »
JOINV.: « Messire Erart, il me semble que vous feriés vostre grand honeur, se vous aliez querre aide pour nos vies sauver »
JOINV.: « Sire, fist le preudomme, vous me faites grant honeur, la vostre merci »
JOINV.: « À ton pere et à ta mere porte et reverence, et garde leur commandement »
     Poésies mss. av. 1300, t. IV, p. 1385, dans LACURNE: Et les s changent l'entencion
     Merlin, f° 69, verso: Je voil bien que tu saches que tu n'anporteras jà plus de cest siegle que honor et aumosne
    XIVème siècle
BERCHEURE: « Se combatans en souverain pour l'empire roumain »
MACHAUT: « Honneur est grains, richesse est paille ; Donc qui a , il est riches »
ORESME: « Ne au pere ne doit l'on pas le que l'en doit à un sage comme à son dotteur ou maistre »
    XVème siècle
FROISS.: « Nous sera l' cent fois plus grande que ce que nous eussions le confort des Anglois »
FROISS.: « Adonc retourna le comte de Foix devers monseigneur de Berne, qui lui fit grand chere et bonne ; ce fut raison, car il lui avoit sauvé son »
FROISS.: « Là fut pris le capitaine et tous ceux d' qui devers lui estoient »
FROISS.: « Pourvus de grand sens et de parfaite [Guillaume de Hainaut] »
FROISS.: « Et fet à la roine d'Angleterre toute l' et reverence qu'il put... »
COMM.: « Il me respondit qu'il auroit affaire en chemin, mais que l' luy en demeureroit »
VILLON: « Venez y tous, bons pardonneurs, Qui sçavez faire les s, Aux villages, de bons pastés »
     Perceforest, t. VI, f° 60: Or est le chevalier à grant meschef ; car il se doubte que la pucelle ne le daigne desormais regarder ; car les s muent souvent les meurs
     Gérard de Nevers, 2e part. p. 111, dans LACURNE: Gerard sachant tous s mondains [les civilités] autant que homme de son aage
     Aresta amorum, p. 184, dans LACURNE: Un sien amy de cognoissance que la dite dame aimoit en tout bien et en tout
    XVIème siècle
RABEL.: « Frere Jan des Entommeures avoyt saulvé le clouz [clos] à son »
RABEL.: « Vous, m'amye, faictes voz s comme vouldrez ; vous avez en voz mains et conserve tous mes thesaurs »
J. D'AUTON: « Le roy feit mettre à l' le roy d'Arragon [lui donna la place d'honneur] »
MONT.: « Il permit aux gentils femmes de sortir, leur sauve »
MONT.: « Honneurs decernez à Talva »
MONT.: « Disposer l' et la cerimonie d'un enterrement »
MONT.: « Celuy a l' de la guerre, qui en a le proufit »
MONT.: « Je pensois faire à un seigneur, de m'enquerir à luy... »
MONT.: « Il l'escrivit à l' de la liberté contre les tyrans »
MONT.: « L'art gaigne le poinct d' sur la nature »
MONT.: « Femme de bien, et femme d' et de vertu [femme chaste] »
MONT.: « Sortir, à son , d'une entreprinse »
CARLOIX: « Il fut nourri enfant d' de serenissime princesse madame Loyse de Savoye »
CARLOIX: « Je vous fais present de cestuy-cy.... pour vous suivre et faire service toute sa vie comme à son pere d'honneur... »
DES ACCORDS: « Comme il fut pressé de son [pressé par un besoin naturel], on le mena es privés »
OUDIN: « Faire au soleil [ne se lever qu'après qu'il est levé] »
COTGRAVE: « Qui d' n'a cure, honte est sa droiture »
ID.: « Qui n'a honte, il n'aura jà »
LEROUX DE LINCY: « Au desespoir s'oublie l' »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. honor, onor ; espagn. honor ; ital. onore ; du lat. honorem. Au XVIe siècle, d'après Palsgrave, p. 62, les deux n se prononçaient. Dans l'ancienne langue, honor est du féminin, comme tous les noms tirés des substantifs latins abstraits en or. Vers le XIVe et le XVe siècle, le genre devient incertain, et finalement il se fixe au masculin.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE HONNEUR. Ajoutez :

 21   Autrefois, billet d'honneur, billet qu'un gentilhomme ou un officier s'engageait sur l' à payer dans un délai ; le règlement des maréchaux du 20 février 1748 punissait d'un mois de prison ceux qui négligeaient d'acquitter un pareil engagement, lorsqu'il avait été souscrit au profit d'un marchand (DALLOZ).

 22   Populairement et par euphémisme, en parlant des femmes, les parties que l'on ne montre ni ne nomme.
     Lett. du P. Duchêne, 14e lett. p. 4: Sans nous, vos belles dulcinées, qui méprisent l'honnête ouvrier, iraient le derrière nu, et montreraient leur


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, L'estime, la réputation dont une personne jouit dans le monde. "Attaquer, blesser, flétrir, déchirer l' de quelqu'un. Défendre, venger son . Ménager l'honneur, sauver l' de quelqu'un. Soutenir l' de sa famille. Donner, porter atteinte à l' de quelqu'un. Engager, hasarder son . Son y est intéressé, y est engagé. Mettre son en compromis. Être jaloux de son . Réparer l' de quelqu'un. Rendre l' à quelqu'un. Perdre l'honneur. C'est un homme perdu d'honneur. Faire réparation d'honneur. Je vous engage ma foi et mon . C'est le toucher en son . Il est délicat sur ce qui regarde l'honneur. Il ne faut mettre son qu'en des choses louables. Il met son à ne point céder. C'est une tache à son . Il y va de son . Un procès d'honneur. Si vous souffrez cela, où est l'honneur? Vous devriez, pour votre , ne pas céder si promptement. Je consens à cela, l' sauf."
"Piquer d' une personne," Lui persuader qu'il y va de son de faire ou de ne pas faire quelque chose. "Se piquer d'honneur," Montrer dans quelque occasion plus d'habileté, plus de courage, plus de générosité, etc., qu'on n'a coutume d'en faire paraître. "On voit qu'il s'est piqué d'honneur, son ouvrage est beaucoup mieux fait qu'à l'ordinaire."
"Point d'honneur," Ce qu'on regarde comme touchant à l'honneur, comme intéressant l'honneur. "Il est trop délicat sur le point d'honneur. Il s'est fait sur cela un point d'honneur. Différends, disputes sur le point d'honneur. Ils se sont battus pour un point d'honneur. Autrefois les maréchaux de France étaient juges du point d'honneur."
"Prendre tout au point d'honneur," Étendre trop loin sa délicatesse sur le point d'honneur.
"Affaire d'honneur," Débat, démêlé, querelle où les parties croient leur compromis. Il se dit, particulièrement, d'Un duel, d'un combat singulier. "Ils ont eu ensemble une affaire d'honneur."
Au Jeu, "La partie d'honneur," La troisième partie que l'on joue, lorsque chacun des deux joueurs en a gagné une. "Jouer la partie d'honneur. Gagner la partie d'honneur."
Fam. et en plaisantant, "Ne jouer que pour l'honneur, ne jouer que l'honneur," Jouer sans intéresser le jeu, et seulement pour passer le temps.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Vertu, probité; qualité qui nous porte à faire des actions nobles, courageuses, loyales, etc. "C'est un homme d'honneur, un vrai homme d'honneur. C'est un homme plein d'honneur. L' lui est plus cher que la vie. Il aime l'honneur, ne craignez point qu'il fasse une mauvaise action. Ce sont des gens d'honneur. L' français. Il faisait consister l' à... Il n'a ni coeur ni . Il est sans . Il n'a aucun sentiment d'honneur. Manquer à l'honneur. Avoir l' en recommandation. Écouter la voix de l'honneur. Faire ce que l' commande, exige. Allez où l' vous appelle. Satisfaire à l'honneur. Les lois de l'honneur."
Par manière de serment, "Sur l'honneur, sur mon . Je l'atteste sur l'honneur. Je vous en réponds sur mon ." On dit de même, "Foi d'homme d'honneur, je le ferai," ou simplement "D'homme d'honneur," ou absolument "D'honneur," mais seulement dans le langage familier. "Je le ferai, d'honneur. D'honneur, je vous le promets." On dit aussi quelquefois, "En . En , je ne le puis."
"Parole d'honneur," Promesse faite ou assurance donnée sur l'honneur. "Il m'a donné sa parole d'honneur."
"Ma parole d'honneur," ou "Parole d'honneur," se dit quelquefois, dans la conversation, Pour affirmer fortement. "Ma parole d'honneur, cela s'est passé comme je vous le dis."
Prov., "En tout bien et en tout ," ou "En tout bien et tout ," À bonne fin, à bonne intention. "Il voit cette fille en tout bien et tout ."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en parlant Des femmes, signifie, Pudicité, chasteté. "C'est une femme d'honneur, sans . Elle tient à son . Elle a fait faux bond à son . Elle a forfait à son ." Ces deux dernières phrases sont familières.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie en outre, L'action, la démonstration extérieure par laquelle on fait connaître la vénération, le respect, l'estime qu'on a pour la dignité ou pour le mérite de quelqu'un. Dans ce sens, on l'emploie souvent au pluriel. "Il faut rendre à qui il appartient, à qui il est dû. On lui a fait des s extraordinaires, de grands s. Il fut reçu avec tous les s dus à son rang. Les s militaires. Accompagner quelqu'un par . Porter et respect. Il lui a fait tout l'honneur, tous les s imaginables. Quel excès d'honneur! Il ne faut pas rendre aux hommes des s qui ne sont dus qu'à Dieu. Auguste souffrit qu'on lui rendît les s divins. Rendre de grands s à la mémoire de quelqu'un. Décerner les s du triomphe. Faire quelque chose en l' de quelqu'un, en l' de Dieu. Les fêtes célébrées en son ." Ironiq., "Vous me croyez capable d'une telle action, vous me faites bien de l'honneur, vous me faites là un bel , c'est beaucoup d'honneur, c'est trop d' que vous me faites, etc."
"Honneurs funèbres," Les s qu'on rend aux morts, les cérémonies des funérailles. On dit aussi, "Les s de la sépulture, les s suprêmes, etc."
En termes de Guerre, "Obtenir les s de la guerre," se dit D'une garnison assiégée qui n'est pas forcée, avant de quitter la place, d'y laisser ses armes. Autrefois, ces s consistaient à sortir par la brèche, enseignes déployées, mèche allumée, balle en bouche. Maintenant ils consistent à sortir avec armes et bagages, soit en conservant les armes jusqu'aux avant-postes, soit en les déposant sur le glacis.
"Garde d'honneur," Troupe offerte à des personnages éminents, auxquels on rend les s militaires. C'est quelquefois une réunion de citoyens distingués qui, volontairement, servent de gardes à un souverain, à un prince, etc., pendant son séjour dans la ville, dans le pays. "On offrit au prince, à la princesse une garde d'honneur."
"Place d'honneur," se dit, dans une cérémonie, dans une réunion, dans un repas, etc., de La place réservée à un personnage éminent, à une personne qu'on veut honorer d'une distinction particulière. "Il avait la place d'honneur. Des places d' leur avaient été réservées."
"Légion d'honneur," Ordre institué en France pour récompenser les services et les talents distingués. "Membre, chevalier de la Légion d'honneur. Grand officier de la Légion d'honneur. Le grand chancelier de la Légion d'honneur. La décoration de la Légion d'honneur. Être dégradé de la Légion d'honneur." On dit aussi, mais seulement dans le langage familier, "La croix d'honneur," La croix de cet ordre.
"Chevalier d'honneur, dame d'honneur, fille d'honneur," se dit de Certaines personnes de qualité qui remplissent diverses fonctions auprès d'une reine, d'une princesse. "Enfants d'honneur," Jeunes gens de qualité qui étaient nourris auprès d'un prince, pendant son bas âge.
"Chevalier d'honneur," s'est dit aussi de Conseillers d'épée qui avaient séance et voix délibérative dans les cours souveraines.
"Conseillers d'honneur," Conseillers qui avaient séance et voix délibérative dans certaines compagnies, quoiqu'ils n'eussent point de charge. "La plupart des gouverneurs, beaucoup d'évêques étaient conseillers d' dans les siéges des lieux de leur résidence."
"Marguillier d'honneur," Marguillier d'un état supérieur à celui des marguilliers ordinaires. "Le marguillier d' n'est point comptable."
"Les s du Louvre," se disait de Certaines distinctions, et particulièrement du droit d'entrer à cheval ou en carrosse dans la cour du Louvre, et dans celle des autres maisons où le roi était logé. "Il y avait des charges qui donnaient les s du Louvre."
"Les s de l'Église," Les prééminences et les droits honorifiques qu'on a dans l'Église.
Absol., "Les s," se dit, en certaines grandes cérémonies, telles que le sacre des rois, leur baptême, leurs funérailles, etc., Des pièces principales qui servent à la cérémonie, comme le sceptre, la couronne, etc. "Les s étaient portés par"...
À certains Jeux de cartes, "Les s," se dit Des figures d'atout.
"Faire les s d'une maison," Recevoir, selon les règles de politesse établies, ceux qui viennent dans la maison.
Fig., "Faire les s d'une personne, d'une chose," En parler ou en disposer comme d'une personne ou d'une chose qui nous appartient.
Fam., "Faire à un repas," Y bien manger, et témoigner par là qu'on le trouve bon.
Prov., "À tous seigneurs tous s," ou "À tout seigneur tout ," Il faut rendre à chacun selon son rang et sa qualité.
Pop. et par civilité, "Sauf votre ," Sauf le respect que je vous dois.
"Votre Honneur," est, en Angleterre, Le titre qu'on donne par respect à certaines personnes de qualité.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se joint souvent à un infinitif et quelquefois à un substantif, par la préposition "de:" alors il se prend ordinairement dans le sens de Grâce, faveur, distinction. "Le roi lui a fait l' de le choisir pour... Il mérita l' d'être appelé le Père de la patrie. Il a l' d'être admis souvent à la table du prince. L' de siéger dans cette assemblée. Il ne m'a pas seulement fait l' de me regarder. Réclamer l' du pas," c'est-à-dire, La préséance.
Il se dit très-souvent, en ce dernier sens, par civilité et par compliment. "Lorsque j'aurai l' de vous voir. La lettre que vous m'avez fait l' de m'écrire. Faites-moi l' de me dire... J'ai l' d'être"...



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se prend aussi pour Dignité, charge; et, en ce sens, il n'est d'usage qu'au pluriel. "Aspirer aux s. Être élevé aux s. Les s de la république. Briguer les s. Il est parvenu aux plus grands s par tous les degrés. Parvenir au comble des s. La porte des s fut ouverte au mérite."
Prov., "Les s changent les moeurs," On s'oublie dans la prospérité.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


ou HONEUR, s. m. ["O-neur". On peut demander pourquoi on écrit "honneur" avec deux "n", et "honorable", "honoraire", "honorer", etc. avec une seule. Je crois qu'on serait embârrassé à en doner d'autre raison qu'un usage aveugle et bisârre.] 1°. Démonstration de respect. '"Rendre honeur à" Dieu. '"Porter honeur et respect à", etc. On ne dit pas "porter honeur" tout seul. "Rendre des honeurs à". 'Il ne faut pas "rendre aux" hommes "des honeurs" qui ne sont dûs qu'à Dieu.
- "En l'honeur de". Voy. EN, prép. = "Honeurs funèbres", les cérémonies des funérâilles.
- 2°. Vertu, probité: 'Homme d'"honeur", plein d'"honeur", qui aime l'"honeur". 'Il n'a ni coeur, ni "honeur".
- 3°. En parlant des femmes, pudicité, chasteté. 'Femme "d'honeur", ou, "sans honeur".
- En st. famil. 'Elle "a fait faux bond", ou, elle "a forfait à son honeur".
- 4°. Gloire qui suit la vertu par l'estime du monde. 'Aquérir de "l'honeur". 'Se tirer, sortir d'une afaire "avec honeur;" "à son honeur". Voyez GLOIRE. 'Il avoit toujours vécu "avec honeur". COCHIN.
- Réputation. 'Ataquer, blesser, flétrir, déchirer";" "ou", ménager, sauver "l'honeur de" quelqu'un. 'Homme "perdu d'honeur". Faire "réparation d'honeur". Avoir action "en réparation d'honeur".
- "Point d'honeur". 'Ils se sont batus pour "le point d'honeur", par crainte d'être blâmés, déshonorés, s'ils ne le fesaient pas.
- "Parole d'honeur", promesse à laquelle on ne peut manquer sans se déshonorer.
- 5°. Au pluriel, dignités, places honorables. Aspirer "aux honeurs"; briguer "les honeurs". 'Parvenir, être élevé "aux honeurs".
   "Rem." 1°. Ce mot, "honeur", est, à tout instant, dans~ la bouche de tout le monde: on le prodigue, et dans les complimens, et dans les lettres; et en le prodigant; souvent on le prostitûe. Jamais on n'a tant parlé "d'honeur", et jamais il n'y a eu si peu de "vrai honeur". 'Il n'en est pas de "l' honeur" comme du mérite: il en faut absolument, et ils (les Frivolites) en mettent par tout. Ils "n'ont" pas le plaisir, mais "l'honeur de" vous "voir", "de" vous "parler", "de" vous "servir", etc. Ils ont pour les pupilles, des tuteurs "d'honeur"; dans les Tribunaux, des Conseillers "d'honeurs"; dans les Hôpitaux, des Économes "d'honeur"; et les femmes atachées à la cour, sont des Dames "d'honeur". COYER. V. HONORAIRE. Voyez aussi HONêTE HOMME, au mot "Honnête".
   2°. * On ne dit pas "doner", mais "rendre des honeurs à" (n°. 1°.) 'Appion, dit "Fleury", acusoit les Juifs de ne pas "doner" (rendre) "à" l'Empereur "les mêmes honeurs" que "lui donoient" (rendoient) tous les autres peuples.
   3°. "Faire les honeurs de la maison", se charger de bien recevoir ceux qui y viènent, est une expression du style familier. Dans un ouvrage critique, l'Ab. "Du Resnel" a pu dire:
   Tout faux raisonement est par eux adopté";"
   Ils "en font les honeurs", sans l' avoir inventé.
Et "La Chaussée".
   Son courage surpasse encor son infortune,
   Elle "fait les honeurs d'une" fête importune.
Mais je ne vois pas avec plaisir, dans un des Discours sur l'"Hist. de Fr." par M. "Moreau", que le prétexte du voyage de Boson, fût de "faire au" Pape "les honeurs du" Comté d' Arles; ni dans un Sermon de l'Ab. "Poulle". 'Si vous exceptez quelques âmes libérales, qui font en secret "les honeurs de la charité". Cela me parait trop familier pour le discours soutenu. = "Faire les honeurs de", se dit, dans un aûtre sens, des parens qui se croient obligés de rabatre des éloges qu'on fait devant eux de leurs enfans. 'Votre modestie auroit été bien embarrassée de tout ce que Mde. de "Coulange" et moi nous disions de vous; car je "n'en" saurois "faire les honeurs". SÉV.
- Une Dame, entêtée de ses alliances, et honêtement médisante, finissait presque toujours les portraits assez ridicules qu'elle faisait de plusieurs persones de qualité, par dire: "je puis en faire les honeurs"; car c' est mon parent ou ma parente.
- Dans "Le Méchant", Cléon dit à Florise, en parlant de "Geronte" son frère,
   Et la bête est si bonne,
   Soit dit sans vous fâcher...
"Florise" lui répond:
   Ah"!" je vous l'abandone,
   "Faites-en les honeurs": je me sens, entre nous,
   Sa soeur, on ne peut moins.
   4°. On dit, "faire honeur à": 'Cela "fait honeur à" votre fils. 'Ces sortes de pièces (les Harangues) qui font quelquefois "honeur à" l'éloquence d'un Historien, n'en font jamais à sa sincérité. Le P. "Longueval". 'Rien n'"a fait" plus "d'honeur à" l'Église Gallicane, que le nombre et le courage de ses Martyrs. "Id." * "Mallebr." dit, dans le même sens, "faire à l'honeur de". 'Je ne sais si St. Jérome n'auroit pas été trop facile à ajouter foi à ce qui faisoit "à l'honeur de" Tertullien. Cette expression a-t-elle été autrefois en usage? Je n'ai pas été à portée de le vérifier. Mais j'ôse croire qu'elle n'est pas du moins de l'usage actuel.
   5°. "Faire l'honeur de", avec l'infinitif, est du style familier. 'Un Marchand "à" qui il "faisoit l' honeur de devoir". COYER. = "Faire honeur de", est plus du beau style. 'On ne sait "à" quel peuple on "en" doit "faire honeur" ("de" l'invention de la Peintûre) Les uns "en font honeur" (l'atribuent) "aux" Égyptiens, d'autres "aux" Grecs. = On dit, familièrement, "faire honeur", sans article et sans régime de la chôse. 'Volontiers, Monsieur, vous "me ferez honeur". MARM. = "Se faire honeur de", se glorifier de... Il se dit sans article, même avec les adverbes de comparaison. 'Ce parti "se faisoit plus d'honeur de" son courage, que "du" secret. Hist. des Stuarts. Se faisait "plus honeur", et non pas, "plus d' honeur".
   5°. "Tenir à honeur de" avec l'infinitif. 'Nous "aurions tenu à honeur de délibérer" avec un homme de ses lumières. "Boss." = "Mettre son honeur à": '"Mettre" plus "son honeur dans" le succês que "dans" la générosité des moyens. = "Se faire un honeur de:"
   Allez! je "me fais un honeur"
"   De la faire changer" d'idée et de langage.
       "La Chaussée".
6°. "Être engagé d'honeur" régit "à". 'Vous aviez tant fait les Philosophes l'un et l'autre, que vous "étiez engagés d'honeur à" ne point craindre la mort.
   7°. "En venir à son honeur", "sortir d'une afaire à son honeur", expressions qui ne sont que du st. famil. La première paraît nouvelle. 'Il faut donc, pour "en venir à son honeur", achever le trajet. "Ann. Lit."
   Pour convaincre une femme, il faut bien du bonheur.
   Rârement un époux "en vient à son honeur".
       "La Chaussée".
'Ils ne "sortoient" jamais "à leur honeur de" ce combat. "Charlevoix". Voyez SORTIR, n°. 3°.
   "En honeur;" "d'honeur;" "sur mon honeur": espèces d'interjections et de sermens. '"En honeur", je ne conçois pas comment dans ces siècles barbâres, on avoit le courage d'épouser. "Marm." '"D'honeur", M. le Marquis, il faut abjurer le sens commun, pour croire à de pareilles supositions. "Anon."
   Tu crois? - "D'honeur", Monsieur, j'en serois peu surpris.
       "Barthe".
'Rien de plus vrai, "sur mon honeur". Ling. = Le Proverbe dit: "à tous Seigneurs", "tous honeurs". Il faut rendre honeur à qui il apartient. Il ne se dit guère qu'en plaisantant.




Emplacement dans le dictionnaire :

hongroyer
honneste
honnête
honnête femme
honnête garçon
honnête homme
honnêtement
honnêtes gens
honnêteté

honni
honnir
honorabilité
honorable
honorablement
honoraire
honoraires
honorariat
honoré
honorer
honorès




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...ne suis-je point l'homme qui sur la terre passe obscur, ignoré ? Pour tromper ma misère, devant tous sans rougir j'aurais du moins pleuré. Il me faut respecter ma naissance et mon titre, et l'honneur rigoureux de ma vie est l'arbitre. Un peuple sans gémir se soumet à ma loi ; je fais peser le joug, mais c'est surtout sur moi. Lorsqu'une extrémité qui tout courage dompte me vient ainsi presser,...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...pas de tomber à tes pieds, me sied-il de montrer une tête trop fière ? On veut tuer ma fille : irai-je, pauvre mère, a l'instant que le fer lui va percer le flanc, par un stupide orgueil faire honneur à mon rang ? Qui se fie au bonheur, à ses biens, qu'il contemple les soudains changements du sort en mon exemple. Quelle fut la hauteur de ma félicité ! Et maintenant est-il au monde adversité,...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...des rivages romantiques alentour, des rochers et des grottes. Et tout était achevé, ce jour-là ; on y avait déjà mis les poissons rouges ; le jet d'eau jouait même, pour la première fois, en mon honneur... je m'approchai avec ravissement ; cela dépassait encore tout ce que mon imagination avait pu concevoir de plus délicieux. Et quand mon frère me dit que c'était pour moi, qu'il me le donnait,...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...ils restaient attablés et devisaient, en breton, sur des questions de femmes et de mariages. Contre un panneau du fond, une sainte vierge en faïence était fixée sur une planchette, à une place d'honneur. Elle était un peu ancienne, la patronne de ces marins, et peinte avec un art encore naïf. Mais les personnages en faïence se conservent beaucoup plus longtemps que les vrais hommes ; aussi sa robe...


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